Deux coups de cœur bruxellois…

Malgré les nouvelles mesures sanitaires qui touchent de près la bibliothèque de Saint-Josse, l’équipe des bibliothécaires poursuit, en interne, le réaménagement progressif des locaux afin de pouvoir vous accueillir au mieux dès que possible.

De même, en attendant avec impatience le moment de pouvoir rouvrir les portes, nous continuons d’engranger pour vous quelques belles et récentes pépites littéraires à découvrir prochainement…

Parmi celles-ci, deux, en particulier, ont retenu notre attention. Deux coups de cœur d’auteurs bruxellois que nous souhaitions mettre en avant.

Avec Le fil des traversées, Anna Ayanoglou signe un premier récit poétique, épuré mais dense, qui nous entraîne vers les pays de la Baltique. Outre le fait que ce premier livre est publié chez Gallimard, ce qui est déjà une belle performance, l’auteure parvient à rendre avec peu de mots l’atmosphère fantomatique de ces pays écorchés, Estonie, Lituanie où elle a vécu et enseigné le français. Des villes qui sont autant de vestiges d’une guerre aussi froide que le climat de la région, là-bas tout au nord de l’Europe. Une belle surprise que ce livre d’Anna Ayanoglou,  née à Paris et qui a posé  ses valises à Bruxelles où elle anime entre autres une émission radio consacrée à la poésie internationale. Pour vous donner une idée, pour voyager un peu en ces temps incertains…

C’était peut-être simplement l’explosion de mai / l’impression de recouvrer la vue, mais ce soir-là / dans les rues de Vilnius noyées sous le feuillage / les époques perlaient de partout, ce qui était resté / toutes les âmes, toutes les vies à plusieurs fonds. 

Né à Liège, Rossano Rosi est, depuis plusieurs années, directeur dans l’enseignement secondaire à Bruxelles. Licencié en philologie classique et romane, l’auteur n’est pas un novice. Avec sept romans et trois recueils de poésie, il a su s’imposer comme une des voix importantes de la littérature belge contemporaine même s’il reste discret et peu médiatisé. Rosi poursuit ainsi une œuvre toute en nuance, balançant entre mélancolie et humour. Ancrés dans le réel, les histoires que distille Rosi bifurquent en général très vite vers l’étrange ou du moins vers une réalité chargée de correspondances qui se télescopent de manière parfois incongrue. Un basculement vers l’absurde que Rosi, en fin connaisseur de Queneau, entretient et avec lequel il joue constamment.

Avec ce dernier livre, Le Pub d’Enfield Road,  paru chez l’éditeur bruxellois Les Impressions nouvelles auquel il reste fidèle, l’auteur nous emmène en Angleterre, dans la banlieue londonienne, sur les traces d’un professeur de lycée proche de la retraite. Raymond Raymont – un nom comme un clin d’œil à Queneau mais aussi aux Dupont d’Hergé, deux initiales R. R. qui sont peut-être d’ailleurs aussi celles de l’auteur lui-même –  accompagne ses étudiants lors d’un voyage scolaire à Londres. La traversée de la ville sera l’occasion pour lui de ranimer les souvenirs d’un précédent voyage dans la capitale, quarante ans auparavant, en compagnie notamment de celle qui deviendra sa femme. Mais très vite, des coïncidences quasi improbables vont réunir présent et passé. Un récit d’une grande exigence littéraire, plein de références jubilatoires qui font immédiatement penser aux films de Jacques Tati. La force de l’écriture de Rossano Rosi réside sans doute là, dans ce mélange d’ironie, de nostalgie et de désinvolture qui sont autant d’ingrédients du monde tel qu’il tourne … c’est-à-dire souvent mal !

Le grand départ avait eu lieu près de vingt-quatre heures auparavant, dans la nuit d’une mi-janvier blafarde et glaciale. Tous criaient, pleins d’excitation ; tous hurlaient leur joie de partir ; tous montaient dans l’autocar en faisant mine de se bousculer sauvagement ; tous se mirent à chanter en chœur des airs, des rythmes ignorés – tout féru de musique qu’il avait été au cours de sa vie – de Raymond Raymont. Et lorsque après avoir passé le barrage douanier de Calais et oublié les silhouettes en guenilles de ces Peaux-Rouges d’un nouveau style alignées le long des crêtes des talus surplombant l’autoroute, il s’était finalement trouvé un coin tranquille à bord du bateau, loin des agglutinements de jeunes… 

Anna Ayanoglou, Le fil des traversées, Paris, Gallimard, 2019, 97 p., ISBN 978-2-07-284427-0

Rossano Rosi, Le Pub d’Enfield Road, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, 2020, 180 p., ISBN 978-2-87449-763-6

Fermeture…

Bonjour à toutes et à tous

Nous sommes au regret de vous informer que, suite à l’évolution de la situation sanitaire, Bib Josse doit fermer à nouveau ses portes.

Tout service, projet, activité, ou partenariat doit donc être malheureusement suspendu au moins pendant 1 mois et jusqu’à « nouvel ordre ».

Un service de « take away » sera mis en place à partir de demain 29 septembre, sur rendez-vous (bibliotheque@sjtn.brussels / 02 218 82 42) et pendant les heures habituelles de la Bibliothèques.

Vous pourrez continuer à profiter de nos lectures en ligne pour les enfants sur notre page Facebook. Restons connecté.e.s!

Dans l’espoir de vous revoir au plus vite!

L’équipe de Bib Josse

Fermeture exceptionnelle

Nous sommes au regret de vous annoncer que Bib Josse sera exceptionnellement fermée jusqu’au dimanche 16 aout inclus.

Les livres à retourner peuvent être déposés dans la boîte aux lettres et les dates des retours seront automatiquement prolongées.

Bib Joske, la Bibliothèque néerlandophone, reste accessible.

Merci de votre compréhension et au plaisir de vous revoir le plus tôt possible.
Cordialement

L’été de Bib Josse

Chers lecteurs, chères lectrices,

L’été est finalement arrivé. Et après cette longue période de confinement, un peu d’animation (en toute sécurité) est la bienvenue ! Voilà pourquoi nous voulons proposer aux enfants des nouvelles activités en juillet et en août :

Tout d’abord, nous voulons remettre en place nos bons instants lectures des samedis ! Ils reprennent donc joyeusement dès cette semaine et nous espérons vous revoir nombreux ! Mais pas trop quand même ! Cette activité, comme toutes les autres, sera limitée à 6 enfants ! Sécurité oblige …

Ensuite, nous vous avons concocté de nouvelles activités spéciales été ! Ce seront 4 dates à ne pas manquer ! Elles prendront place le mercredi, afin de joliment occuper votre soirée ! Cette fois, les inscriptions sont obligatoires et toujours gratuites !

Enfin, nous vous annonçons ici que nous serons présents dans les rues aux côtés de nos amis de GC Ten Noey et Bib Joske, aux dates suivantes : le 11 juillet, le 1er août et le 29 août ! Bib Joske ainsi que Ten Noey y seront présents tous les samedis ! Nous vous invitons à rester connectés sur leurs réseaux aussi!

Et voilà ! Nous espérons que ce petit programme vous plaira ! Restez connectés sur notre Facebook et sur notre Instagram pour les dernières nouvelles.

A tout bientôt ! Et bonnes vacances …

Ps.: Nous serons toujours ouverts aux heures habituelles cet été, excepté les 20 et 21 juillet ainsi que le 15 août.

Un géant (un vrai…) à la Bibliothèque !

Un nouveau lecteur, un peu spécial, s’est invité à la Bibliothèque. Il s’agit de Jean-Baptiste Houwaert, poète et dramaturge flamand né en 1533, qui avait construit sa résidence à Saint-Josse.

Malgré le fait que, lors de son inscription, sa date de naissance nous a posé quelques problèmes de logiciel, M. Houwaert a reçu comme toute le monde sa toute nouvelle carte de lecteur et le droit d’emprunter tous les livres qu’il souhaite. Par contre pour l’instant pas d’accès à la salle d’étude ni à la salle informatique…

Le géant, fraîchement restauré (tout comme ses deux comparses : Cudell et Saint-Josse), sera accueilli pendant l’été dans le hall de Bib Josse et Bib Joske.

N’hésitez pas à le saluer en passant. Il est timide, et il ne le fera de lui-même…

Oui ! Nous sommes prêts !! Ce mardi 2 juin la réouverture

Bonjour à toutes et à tous,

Bib Josse et Bib Joske rouvrent ses portes ce mardi 2 juin, selon les horaires habituels.

Vous nous avez manqué… et nous sommes finalement heureux et heureuses de vous revoir !!

Ce qui a changé : l’accès sera réglementé, le temps de permanence sera limité, le port du masque vivement souhaité.

Ce qui n’a pas changé : l’envie de vous rencontrer…  

À très bientôt !

PS. : notre service de take away reste en place.

Encore fermés. Mais… on y est presque !

Bonjour à toutes et à tous,

Bib Josse reste malheureusement encore fermée. Mais, heureusement, plus pour longtemps : nous travaillons pour que ses portes puissent rouvrir le plus vite possible tout en veillant à ce que ça soit fait dans les meilleures conditions. Et… nous y sommes presque ! Encore un peu de patience…

Entre-temps profitez encore durant ces quelques jours du service «take away».

Bon début de semaine et à bientôt !

Poésie belge en vrac…

Notre collègue Rony Demaeseneer a été l’invité du @SJTN live de ce jeudi. Vous avez encore la possibilité de revoir ce moment : https://www.facebook.com/114889600159808/videos/561047541497496/ .

Ci-après son texte pour vous accompagner dans cette petite balade poétique. Bon/ne visionnage/écoute/lecture. Et bon dimanche aussi!

La Belgique, tant au nord qu’au sud, est terre de poésie. Depuis les grands symbolistes – Verhaeren, Maeterlinck – le genre a trouvé ses lettres de noblesse et a réussi à s’adapter aux mouvements internes qui ont animé la littérature nationale. Il en est de même des petites maisons d’édition, parfois très confidentielles, qui existent sur le territoire et pour lesquelles on espère vivement que cette période d’incertitude ne soit le chant du cygne. Peu médiatisées, ces structures éditoriales sont pourtant essentielles à la diffusion de cette littérature poétique qui constitue assurément, sur un plan international, une des marques de fabrique de la Belgique littéraire. Un petit tour d’horizon donc pour épingler quelques recueils récents, parus pour la plupart quelques mois avant le confinement.

Parmi ceux-là, le beau premier livre d’une bruxelloise, Anna Ayanoglou, Le fil des traversées, chez Gallimard qui nous entraîne aux confins de l’Europe baltique, avec une musique intérieure très personnelle loin des modes et des artifices.

« Pour ses cours en sommeil / dans son cœur et autour / pour ses maisons aveugles / ses demi-terrains vagues / aux cailloux farineux / le brillant de l’eau noire / dans les caves écroulées / pour ces espaces vacants / pour ce qu’ils sont donnés / et nourrissent les poètes / les pochetrons et les adolescents »

On poursuit avec Karel Logist et son recueil, Un cœur lent, une poésie du quotidien, légèrement décalée où surgit toujours, au détour d’un vers, un brin d’humour et d’incertitude.

« Une étude scientifique / serait en cours / qui tend à démontrer / que la procrastination / est l’une des rares pathologies / qui permettent de vivre plus vieux / plus actif et en meilleure santé / quand on l’interroge / quant à la date de publication / des résultats définitifs de sa future thèse / l’éminent chercheur / se montre plutôt vague »

Avec Benno Barnard, né à Amsterdam mais partageant son temps entre Bruxelles et Londres, la poésie se fait plus âpre, plus violente parfois. Le service de mariage, traduit du néerlandais par Daniel Cunin, dernier livre paru, confirme la voix majeure et la place qu’occupe le poète dans l’espace littéraire européen.

« Bruxelles brûlait de notre rendez-vous / au cœur de la ville tu attendais au soleil / d’une terrasse propre à exciter les sens / Je me dirigeais vers toi / à peine dix minutes / depuis la gare / voyage autour de ma poche / Mais une rue plus loin / au bond de la grande aiguille / des pensées irrationnelles s’emparèrent de moi »

Parmi les images poétiques, les nuages restent l’apanage des poètes qu’ils revisitent à leur façon. Pour Jan Baetens, professeur à l’université de Leuven, avec son livre Autres nuages (2013) comme pour Liliane Schraûwen, le nubile reste sans doute le plus beau moyen d’évasion. Dans Nuages et vestiges (2019), la poétesse ranime encore aussi le souvenir de Bruxelles vivante sous les étoiles.

« Cœur de l’Europe et cœur du monde / c’est à un cœur qu’elle ressemble / même contour même dessin / on vient de loin pour la connaître / des Amériques du Japon / Grand-Place dentelle de pierre / un bel archange la domine / un ange d’or dans le soleil / qui la protège et la défend / là-haut dressé contre le ciel / contre la pluie contre le vent contre le gris »

Et Bruxelles encore sous la plume de Rossano Rosi dans le magnifique recueil Pocket Plan où chaque poème bat son propre tempo, rythmé par le nom d’une artère bruxelloise.

« Voilà. Il sort de chez le bouquiniste, rue du Midi / Pas un regard pour l’azur. Il jubile / Et il jubile. Il heurte une sébile / Pas un regard pour le gymnosophiste / en l’attente de sous, zen, fataliste / Il jubile en ouvrant l’automobile / fier d’avoir viré la bio de Bill / pour dénicher derrière, à l’improviste / ah, ce fouillis ! un Isocrate intact ! / à menu prix ! aux pages non coupées / il jubile, il lâche en silence un pet / de joie tandis qu’il s’installe aux commandes / et qu’il regrette, en mettant le contact / la Correspondance de Sand »

Des styles différents, des visions et des humeurs qui disent la vitalité de cette langue poétique que, souvent, nous envient les voisins français. La poésie dit beaucoup à propos de tout et surtout de rien !

Références des ouvrages cités et de quelques autres :

Rossano Rosi, Pocket Plan, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, 2008.

Werner Lambersy, L’éternité est un battement de cils, Arles, Actes Sud, 2005.

Karel Logist, Un cœur lent, Liège, Tétras Lyre, 2020.

Anna Ayanoglou, Le fil des traversées, Paris, Gallimard, 2019.

Harry Szpilmann, A propos de tout et surtout de rien, Bruxelles, La lettre volée, 2020.

Liliane Schraûwen, Nuages et vestiges, Dinant, Bleu d’encre, 2019.

Benno Barnard, Le service de mariage, Bègles, Le Castor Astral, 2019.

Jan Baetens, Autres nuages, Bruxelles, Les Impressions Nouvelles, 2012.

Rony Demaeseneer

À la Bibliothèque service d’impression gratuit pour les étudiants

Service d’impression gratuit pour les étudiants / Mesure dans le cadre du Covid-19

Tu es étudiant.e du supérieur et tu habites à Saint-Josse ? Besoin d’aide pour imprimer tes cours et tes travaux ? Contacte-nous et envoie par mail tes documents et une photo de ta carte d’étudiant : bibliotheque@sjtn.brussels – 02 218 82 42
Un.e bibliothécaire les imprimera pour toi (gratuitement et en noir et blanc) et tu recevras un rendez-vous pour pouvoir les retirer en toute sécurité.

Bon courage à tous les étudiants et à toutes les étudiantes!!

Des livres à emporter !

Nous sommes heureux et heureuses de vous proposer à partir de la semaine prochaine un service « take away » sur rendez-vous.

Il faudra surement avoir un peu de patience : les mesures de sécurité nous obligent à des rendez-vous précis et fixés au moins une semaine après votre demande, à un nombre donc réduit des passages, à des colis qui vous attendent à la porte et toute une autre série de petits détails qui font malheureusement désormais partie de nos vies dans cette période, mais qui nous permettent de vous proposer ce service en toute sécurité.

Nous organiserons les rendez-vous les mardis et les jeudis entre 11h et 16h, en alternance avec nos chèr.e.s collègues néerlandophones de Bib Joske. Plus de détails vous seront donnés lors de la prise de contact.

Voilà… une première petite fenêtre ouverte ici à Bib Josse ! 

Courage et à bientôt !

Retour sur un coup de cœur …en noir

Nous sommes en 1993. Le monde du polar francophone est régi par la plus célèbre des collections, La série noire de l’éditeur Gallimard fondée en 1945 par Marcel Duhamel. Le genre est à son apogée. Certains des titres publiés dans ces années-là deviendront presque cultes. Leurs auteurs aussi d’ailleurs, on pense à Didier Daeninckx, Romain Slocombe, Thierry Crifo, Thierry Jonquet, Patrick Raynal et tant d’autres. Essentiellement dominée par des auteurs masculins, une femme va pourtant faire une entrée fracassante dans la collection durant cette année. Elle est bruxelloise d’origine bretonne et s’appelle Pascale Fonteneau !

Roman coup de poing, Etats de lame peut être considéré comme un sorte d’ovni dans le milieu des « polardeux ». L’auteure réussit le pari de se jouer avec beaucoup de finesse et d’humour des codes qu’impose ce genre à part entière. Livre singulier à plus d’un titre, il l’est surtout par le point de vue du personnage choisi par Pascale Fonteneau puisque le narrateur n’est autre qu’un …couteau. Un couteau qui raconte sa vie passant des mains de l’Homme sauvage à celles de celui en blouse grise. Les tribulations d’un couteau qui possède une âme et un corps en somme. Le style du livre est incisif, « tranchant ! », et l’histoire fonctionne à merveille. Mais le récit se double aussi d’une lucide enquête sociologique sur le monde comme il tourne dans ces dernières années du siècle. Le pari était audacieux, Pascale Fonteneau l’a relevé avec talent. Un véritable coup de cœur pour moi à l’époque qui me fit aimer le roman noir. Depuis, l’auteure continue de publier régulièrement. Une vingtaine de titres parus dont le dernier en date, un roman policier pour la jeunesse intitulé Carnaval à Bruxelles. Pour vous mettre l’eau à la bouche, je ne résiste pas au plaisir de vous livrer les premières lignes comme sur le fil d’un rasoir, vous comprendrez immédiatement !

« Je suis depuis si longtemps coincé entre une grenade et une kalachnikov que la violence de leurs aciers est devenue la mienne. Au point de me faire perdre la noblesse de mon fil. Et mon identité. Au point de me faire oublier la lumière du jour, et de me laisser surprendre par elle. Au point de m’étonner qu’une main puisse encore se tendre vers moi. Me caresser. M’empoigner fermement. Déjà je suis bien. Qu’il est doux de se laisser aller au creux d’une paume virile et sûre. De s’abandonner. De se faire guider sans retenue, confiant. De sentir les doigts qui vous touchent, vous découvrent, et vous redonnent la vie. Irréel. Le plaisir revient soudain, presque inattendu. La main qui serre, la pression du doigt. Presque l’ivresse. J’essaie d’imaginer ma nouvelle existence. Je devrais dire notre existence. La mienne, et celle de l’homme à qui j’appartiens désormais. L’union forcément immorale d’un maître éphémère et d’un esclave immortel. J’aime l’immortalité, la violence et la mort. Avec les regards apeurés et les gestes de recul, ils font mon existence même. Sans âme, ni sexe. Une lame. Un couteau. Statiques et meurtriers. Il fait à nouveau très noir ! ».

Bibliographie sélective :

Otto, Paris, Gallimard, 1997

La vanité des pions, Paris, Gallimard, 2000

Contretemps, Paris, Le Masque, 2007

Hasbeen, Bruxelles, Aden, 2010

R. Demaeseneer

Nous sommes encore fermés au public

Bonjour à toutes et à tous
Juste un petit message pour vous dire et pour préciser que malheureusement Bib Josse, comme toute autre bibliothèque, reste encore fermée au public.
Nous travaillons à la mise en place de services alternatifs et sur ça vous aurez très (très) bientôt des nouvelles. Promis !

Depuis la fermeture du 14 mars, vous le savez, ici à Bib Josse nous travaillons en alternance et en respectant les normes de sécurité (permanences et télétravail) : nous essayons de rester en contact avec vous en vous proposant des contenus en ligne ; nous avons augmenté l’offre de livres numériques ; nous réfléchissons et nous travaillons à la mise en place de nouveaux services en fonction de l’évolution de la situation et en fonction des différentes phases de déconfinement. Et pour conclure, comme d’habitude nous continuons à actualiser les collections et à réaménager les espaces de votre bibliothèque, afin qu’elle puisse vous accueillir au mieux dès que possible…

Hâte de vous revoir !! D’ici là portez vous bien.

Courage et soyez prudent.e.s dans ces jours !

La littérature, source éternelle d’écriture…

Qu’est-ce qui pousse une jeune femme à écrire, à se lancer dans cette entreprise solitaire et en retrait du monde ? Avec son premier livre, Karen et moi, sorti en 2011, c’est à cette question que l’auteure belge Nathalie Skowronek tente de répondre.

En prenant appui sur sa passion pour l’écrivaine Karen Blixen, auteure danoise de La ferme africaine, dont elle retrace l’itinéraire mouvementé, elle s’interroge sur sa propre destinée. A la biographie qui s’amorce, Nathalie Skowronek mêle ses propres doutes, sentiments, des émotions qui naissent directement du compagnonnage qu’elle entretient depuis de nombreuses années à travers les livres de Karen Blixen. Le tour de force ici réside dans la progression lente et le dosage parfait que l’auteure belge arrive à distiller, passant de la vie de celle qui l’inspire à sa propre interrogation sur l’acte d’écrire, tout cela avec beaucoup de finesse. Le début du livre est dès lors une sorte de préface dans laquelle elle se pose la question de savoir ce qui la pousse à toujours revenir vers l’œuvre de cette auteure danoise. Pourquoi se sent-elle si proche d’elle ?

« Les volumes s’accumulent sur la table de mon bureau. Des éditions courantes, des traductions. Je les classe en piles et corne les pages. Je prends des notes aussi. Dans le tas, il y a un essai en danois sur le père de Karen – je ne lis pas le danois mais il me semble ainsi me rapprocher d’elle -, quelques ouvrages illustrés, puis les romans, les contes et la correspondance. […] Cela fait longtemps que Karen est entrée dans ma vie. J’étais déjà familière de son aventure africaine, de Denys et de Bror, les hommes de sa vie, de son attachement aux animaux, et puis, il y a peu, j’ai ressenti un besoin impérieux de revenir vers elle. Moins pour elle que pour moi, à dire vrai. »

A partir de là, la petite fille solitaire qui entreprend d’écrire va comprendre que ses aspirations enfouies sont en fait celles que décrivent avec subtilité l’œuvre et la vie de Karen Blixen. Serait-elle en somme le double de Karen ? Un premier livre totalement réussi ! Un vrai coup de cœur !

Et la suite me direz-vous ? Jusqu’au dernier ouvrage, La carte des regrets, sorti quelques semaines avant le confinement et qui marque un tournant dans sa production, Nathalie Skowronek explorait surtout une histoire familiale chamboulée notamment par la guerre. Des livres comme autant de fouilles autobiographiques d’une maîtrise parfaite. Une recherche de ces destins singuliers qui ont jalonné son existence. Quatre autres livres depuis celui-ci qui forment comme un cycle. Une auteure belge à suivre assurément !

Bibliographie sélective de Nathalie Skowronek :

Max, en apparence, Paris, Arléa, 2013

La Shoah de M. Durand, Paris, Gallimard, 2015

Un monde sur mesure, Paris, Grasset, 2017

                                                                                                                     R. Demaeseneer

Plaisir de la relecture en compagnie de Raymond Ceuppens

Plaisir de la lecture ! Mais aussi de la relecture. Et quand, à la redécouverte d’un auteur, l’émotion est au rendez-vous, alors on sait que cet auteur fait assurément partie de notre univers littéraire. C’est le cas avec Raymond Ceuppens malheureusement trop oublié.

Et pourtant, avec l’obtention du prix Rossel en 1982 pour L’été pourri (celui vers lequel on semble s’acheminer cette année), Raymond Ceuppens (1936-2002) sort de l’anonymat presque malgré lui. C’est pourtant déjà le troisième livre qu’il publie chez l’éditeur parisien Denoël, ce qui n’est pas rien. Mais l’auteur est discret et cherchera à le rester non par pose mais bien pour préserver une forme de liberté authentique forgée au vent du large. Navigateur solitaire de la littérature belge comme l’écrivait Jacques De Decker à son propos (in Le Soir, Un charpentier des flots, 6/9/2002, article paru au décès de l’écrivain à 66 ans), l’auteur n’a que faire de reconnaissance institutionnelle. Pour preuve ? À la sortie du livre, Ceuppens est invité par Bernard Pivot sur le plateau de l’émission Apostrophes. Il déclinera l’invitation arguant de son incapacité à parler de ce métier d’écrivain qu’il n’a pas choisi et qui au fond « l’emmerde ». Peu importe l’authenticité de l’anecdote ou la véritable raison du refus. L’auteur, né en 1936, est issu d’une famille d’artisans bruxellois dont il tire très tôt sa passion pour la peinture et la photographie. On lui doit d’ailleurs de très belles gravures représentant  des scènes de vie dans les bars et les rues du quartier Matonge à Bruxelles. Mais c’est avant tout l’univers des ports et des marins qui l’attire. Dans un superbe portrait réalisé pour la RTBF en 1983 (en ligne sur le site de la Sonuma en tapant Ceuppens dans le champ de recherche), l’auteur est filmé dans ces décors de canaux qui serviront de toile de fond à ses romans et se livre parfois avec dérision sur l’acte d’écrire: « à choisir entre patron pêcheur et être Graham Greene, je choisis sans hésiter le premier métier ! » Tout est dit ! Après un passage par l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, Raymond Ceuppens enchaîne les petits boulots mal payés qui le rapprochent des embarcadères. Radoubeur, batelier, ouvrier-charpentier sur des chantiers navals mais aussi journaliste ou photographe, tout est bon pour l’homme qui se sent proche de ces miséreux et marginaux qui peuplent les zones portuaires.  Logiquement, c’est ce « petit peuple » où se côtoient prostituées, marins  à quai, clochards, chômeurs qui nourrira les romans. Des personnages souvent désenchantés, taiseux comme le sont les ouvriers rentrant du labeur, des protagonistes la plupart du temps simples, instinctifs, fragiles, solitaires mais néanmoins unis par une forme de solidarité souterraine et à l’écoute d’une sensibilité qui parfois les dépasse. En somme, des résignés lumineux ! Il y a assurément du Brel dans l’écriture de Ceuppens

Au-delà des intrigues somme toute minces, Raymond Ceuppens s’attache dans son œuvre à camper une atmosphère, celle des canaux où chaque détail est étroitement lié à l’humanité des gens qui y vivent. Une poésie subtile des estuaires et de la grisaille qui estampille la manière de notre contrebandier des lettres.

Extrait de L’été pourri, prix Rossel 1982:

« Le lendemain le vent avait tourné au nord. Le soleil s’était levé en boule rouge au travers d’un brouillard de mauvais temps, puis le ciel avait blanchi comme lors des derniers froids de printemps et la température avait baissé. Dans l’après-midi il s’était mis à pleuvoir et l’espace était redevenu gris et clair comme au début de novembre. L’eau reflétait le ciel presque blanc et, de l’autre côté de la rivière, les arbres feuillus grisaillaient. Sur la rive l’étroite rue qui serpentait entre les briqueteries désaffectées et les anciennes maisons ouvrières était baignée d’une lumière d’été froid, l’eau boueuse des bras des canaux qui s’avançaient de quelques mètres dans les terres ouvrait des lumières presque ensoleillées dans les venelles plongeant vers la rivière. »

Voilà, le décor est planté, les personnages peuvent dès lors exister. Magie de l’écriture. Un auteur à redécouvrir absolument !

Bibliographie sélective :

Un peu plus vers la mer : nouvelles, Bruxelles, Les Carnets du dessert de lune, 2008, 164 p.

À bord de la Magda (rééd.), Bruxelles, Espace Nord, 1998, 208 p.

La puissance du manque : roman-théâtre, Mons, Éd. du Ceriser, 1993, 128 p.

Le bar des tropiques, Paris, Denoël, 1986, 132 p.

L’été pourri, Paris, Denoël, 1982, 243 p.

Rony Demaeseneer

La littérature de père en fille… et bien au-delà

Fille de Jean-Claude Pirotte qui nous a quittés il y a quelques années et qui, sans doute, était l’une des plus grandes plumes de la littérature belge, Emmanuelle Pirotte, historienne de formation, a réussi, en quatre livres, à imposer une écriture personnelle et maîtrisée. Son premier ouvrage, Today we live, publié en 2015, donnait déjà le ton.

D’emblée, la critique lui reconnaît un style original, percutant. Pour preuves, le livre reçoit plusieurs prix dont celui des lycéens et est immédiatement traduit en quinze langues. Avec ce premier livre, l’auteure nous entraîne dans les dernières années de la guerre. L’offensive des Ardennes bat son plein, dernier baroud d’une armée allemande en déroute. Nous suivons la destinée de Renée, enfant juive de 8 ans, qui échappe de peu à une exécution grâce au sursaut d’humanité d’un soldat allemand. Mais Mathias est-il vraiment celui qu’on croit, le sauveur ? Outre le rendu précis des faits historiques, l’auteure excelle sans doute dans les descriptions psychologiques fines et complexes qui rendent compte des zones grises que chaque personnage porte en lui. Ce qui nous frappe également, c’est assurément la cadence soutenue avec laquelle Emmannuelle Pirotte avance dans le récit en distillant avec beaucoup d’ingéniosité souvenirs, impressions et retours en arrière . Un style cinématographique haletant qui n’est pas sans rappeler l’écriture scénaristique qu’elle pratique par ailleurs.

Un succès d’entrée de jeu donc pour cette namuroise qui va nous surprendre avec la publication des trois autres livres. Si la force d’un auteur, en particulier un romancier, est peut être de pouvoir se renouveler, alors Emmanuelle Pirotte est très certainement à placer en tête de liste.

Un second livre en 2016, dans la foulée, De Profundis, (on remarquera le choix d’un titre en latin succédant à celui en anglais), assez différent mais de circonstance puisqu’il s’agit ici d’un roman d’anticipation qui nous projette dans un monde post-apocalyptique touché par un virus destructeur. On suit cette fois le destin de Roxanne qui doit survivre dans une Bruxelles ravagée. Un roman puissant, dérangeant et en quelque sorte anticipatoire qui résonne tout particulièrement aujourd’hui en ces moments troublés. Suivront encore deux livres aux tons très différents même si tous deux sont ancrés dans l’Histoire, Loup et les hommes, récit-fleuve plus ambitieux de 600 pages qui plonge son intrigue dans la cour du roi de France du XVIIe siècle ainsi qu’un roman plus intimiste et très charnel sur fond historique à nouveau, D’innombrables soleils paru en 2019, se déroulant cette fois dans l’Angleterre du XVIe siècle.

On le constate, la palette d’Emmanuelle Pirotte est large, diversifiée mais à chaque fois pleinement maîtrisée. Une auteure de chez nous qui nous surprend à chaque nouvelle publication et dont on attend dès lors avec impatience les prochains opus. Une auteure à suivre et qui mérite pleinement sa place dans nos listes de lecture…A découvrir si ce n’est déjà fait.

R. Demaeseneer

Bibliographie d’Emmanuelle Pirotte

Today we live, Paris, Le Cherche Midi, 2015, 237 p.

De profundis, Paris, Le Cherche Midi, 2016, 285 p. (disponible en livre de poche ou sur le site http://www.lirtuel.be )

Loup et les hommes, Paris, Le Cherche Midi, 2018, 603 p.

D’innombrables soleils, Paris, Le Cherche Midi, 2019, 240 p.